Six acteurs formés à l’art du mime par Marcel Marceau se retrouvent avec l’envie commune de rendre hommage à cet artiste hors pair qui a traversé un siècle en touchant le public des cinq continents grâce à l’émotion du geste. Venus en résidence en Juillet 2008 à Périgueux, au théâtre le Palace, pour travailler à cette création, ils se rejoignent sur scène, en silence. Un geste dessiné dans l’espace, puis un autre, une image naît, puis un lieu, puis une émotion, puis un personnage. Une femme, un jeune homme, un vagabond, un enfant, un vieil homme, le temps, l’amour, le diable… Ce carrousel de personnages raconte des bribes d’histoires aussi quotidiennes que fantastiques, à la recherche d’une mémoire collective.
« Un mime traverse le mur des langues. Il entre chez nous sur des pieds de voleur, avec le terrible sans-gêne du clair de lune »
Jean Cocteau
Cie Aria Teatro / Cie Paolino & Co -France
Avec : Gyöngyi Biro, Angélique Petit, Elena Serra, Guérassim Dichliev, Maxime Nourissat
Création collective
Mise en scène : Emmanuel Vacca
Assistante mise en scène : Florencia Avila
Création lumière : Eric Fourez
Coproductions : Cie Aria Teatro/Cie Paolino & Co/Artist Factum/Festival Mimos
English
Six actors, trained in the art of mime by Marcel Marceau, come together to pay homage to this incomparable artist, whose work traversed a century and moved the populations of five continents. On stage they meet up in silence. A gesture is outlined in the air, then another, an image is conjured up, then a place, then a feeling, then a character. A woman, a young man, a vagrant, a child, an old man, time, love, the devil... This merry-go-round of characters gives us snatches of stories, as mundane as they are fantastic, in pursuit of collective memory.
Length : 1 hr 10 min
Au festival Mimos 2008
Chapeau l’artiste
En première mondiale, cette création coproduite par le festival Mimos, après un travail en résidence dans ce théâtre du Palace, est un pur moment de mime, un hommage au « père », une touchante révérence et référence à Marcel Marceau, une traversée du genre dans les pas de l’artiste, cité et honoré mais toujours réinventé. Le coup de chapeau (celui de Bip bien sûr) est l’œuvre d’anciens assistants du maître. Une fois frappés les trois coups, cinq mimes arrivent avec dans leurs bagages les mots du maître, et dans leurs yeux ses gestes renouvelés à l’infini. Des êtres lunaires, qui viennent tour à tour tirer leur révérence dans le centre du cercle, entrent timidement dans la lumière pour saluer et finissent par s’y bousculer. Le petit groupe s’empare d’une œuvre : « Les rêveries de Bip » leur descend du ciel, livre qu’ils ouvrent religieusement, la Bible du mime...
D’abord un théâtre d’ombre pour raconter l’enfance strasbourgeoise de Marceau, le nazisme envahisseur et le passage de l’angoisse à l’espérance. Puis tout une vie ramassée sur un banc, une femme qui nourrit des pigeons et se repasse le film, naître et grandir, aimer et donner la vie, se séparer, vieillir... Le duel de l’ombre et de la lumière, la lumière adulée, l’ombre tenue à distance et la noire vengeance qu’elle nourrit jusqu’à la malédiction lancée pour prendre la lumière au piège. « La vie est belle même quand elle ne l’est pas ». Des mots de Marceau scandent cette chanson de « geste ». Plein feu sur les mains, interprètes majeures, jusqu’à l’étranglement. Puis vient le carnaval des animaux, l’expression de l’homme fait singe ou lézard.
Interlude parlé : voulez-vous un cours de mime ? Prenez une scène culte de théâtre : si vous enlevez le décor, l’accessoire, le costume et la parole, que reste-t-il ? tout ce qui fait la force du mime bien sûr, c’est-à-dire le visage, le corps, le mouvement, l’expression pure de l’âme. La pantomime, c’est donc le drame, la tragédie ou l’opéra sans le son, autant dire qu’il faut pour cela une technique spéciale. Et de passer en revue les classiques du genre : tirer une corde, marcher, monter des marches, ouvrir une porte... le tout exécuté en pull marin et bretelles rouges. La « conférencière » explique combien il faut forcer le trait et outrer le geste pour se faire comprendre, montre l’exemple de la soif, de l’amour, de la pomme croquée et de la bagarre, avec en clin d’œil ce que donne, dans la vraie vie, la déformation professionnelle… Cette leçon de théorie « parlante et inutile » a malicieusement démontré que le rire est tout sauf superflu ! Le résumé en images de « Roméo et Juliette », accéléré délirant, ouvre la voie au cartoon.
Après l’exercice de la prison de verre, quand les enfants du Paradis repartent en ouvrant leur valise pour lancer une pluie de plumes, légères comme la touche magique du maître, la voix du maître résonne tandis qu’une petite fille se coiffe du chapeau de Bip : « La vie est un grand fleuve, tout passe, tout s’oublie, tout revient… Mon art reviendra parce qu’il fait partie de l’histoire de l’homme ». Chapeau Bip !
S.B-T
photos F.A
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