Mimos

fond animé
 Les spectacles de Mimos 2004


Suzanne Boireau-Tartarat, journaliste, a vu "Intérieur Nuit" de Jean-Baptiste André (association W), "White Cabin" et "Mister Carmen" de Akhe Group, "Génération" de la Cie Mossoux-Bonté, "Incognita" de Stalker Theater, "Hommage aux cèdres" de la Cie LLE, "Damaged by miracles" de la Cie Falsa Imago, "Orfeus" du Théâtre de l'Ange fou, "Bougez, pas bouger" de la Cie Oki Haïku Dan, "Fenêtres" de la Cie Les Mains, les pieds et la tête aussi.

Thierry Dessolas nous offre deux poèmes inspirés par "Génération".

Photos Thomas Nivière

L’intérieur nuit gravement à la gravité

Dehors, la rue, les bruits de circulation, le chant des oiseaux. Chercher l’air, la lumière. Se faire son film. Intérieur nuit, l’homme est un drôle d’animal en cage, prisonnier de lui-même, toujours prêt à repousser ses propres limites.

Cage, blocage. De haut en bas, et de long en large, il explore son univers sens dessus dessous. Sortir d’ici, sortir de soi. Pied à pied, ventre à terre, dos au mur, tête à l’envers, mains tenues, jambes en l’air, bras de fer, Le distortionniste s’amuse à se faire peur, embellit sa propre monstruosité, apprivoise ses démons intérieurs.

Combien sont-ils dans ce corps sage pour autant de torsions, contorsions, distorsions, transformations, mutations, positions, transpositions, compositions, tensions, surtensions, évolutions ? Tout un cirque de circonvolutions acrobatiques en un seul homme. Au confluent de notre humanité et de notre animalité, l’artiste se laisse aller à quelque métamorphose kafkaïenne. Nos apparences suffisent-elles à cacher ce que nous sommes ?

S’habiller, se camoufler, se dépouiller, s’empêtrer, se prendre les pieds dans notre condition humaine : il veut s’extraire, se terre, s’enterre. Comment s’évader ? Cri primal, machine à écrire mécanique, musique électronique, raconter l’indicible par le corps. Il est là pour se perdre ou se pendre, suspendre ses oripeaux pour se faire la belle, changer de monde plutôt que changer le monde, casser les lignes de fuite, les équilibres, les points de non-retour, ouvrir de nouveaux horizons, mettre sa vie en perspectives, zoomer dessus, la projeter sur écran géant, sur dimensionner sa réalité pour la déformer, la transformer, bouger les proportions : l’artiste est disproportion né.

En suspension, en apesanteur, en vis-à-vis, se mettre en jeu : dire, bondir, s’alourdir, se maudire. Comme un papillon dans la lumière, il se cogne à ses murs intérieurs, il s’obsède et il cède. L’homme n’est que l’ombre de lui-même : il sort du champ, joue à être son propre monstre, crée ses plus folles hybridations dans un tourbillon de projections difformes, pieds dans le ventre, tête aux pieds, corps sous le coude… Jean-Baptiste André a 25 ans, la tête nourrie de fantaisies et le corps sculpté pour toutes les démesures. L’une dans l’autre. Parfaitement.

S. B-T.


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La fée Cabine

C’est une cabine à douche froide, une cabine bien ouverte sur l’extérieur, cabine d’essayage à vous en faire voir de toutes les couleurs, à vous faire déborder d’idées. Surtout, ne pas chercher à comprendre, ne rien susciter. Laisser venir et repartir, se former, se transformer, juste regarder, sentir, écouter dans une profusion de visions, une galerie de pensées débridées. Et sentir éclore en soi des émotions inconnues, nées du télescopage d’états frontières et d’explorations  sans limites.

C’est une galerie d’art où tout bouge mais c’est sur scène qu’on boit : du gros rouge, du champagne, du Whisky, de la bière. Au premier rang, les odeurs se mélangent, ajoutent à la prise de tête dans les écrans de fumée et les sons amplifiés. C’est un voyage onirique où tout commence dans la désespérance d’exister, une femme emmêlée dans des fils de « soi », un candidat à  la pendaison qui tourne les pages d’une existence sur laquelle il n’a pas de prise.

Mais la mort annoncée tourne au délire, tout craque, tout claque, tout grince et frotte, les éléments se mêlent, s’emmêlent, choquent et s’entrechoquent, la torche de feu passe à travers un mur d’eau, les volutes de la cigarette sont des bulles de savon. Flash : fixer des instantanés. Elle, assise, le miroir comme un balancier d’horloge, devant elle, toujours et jamais la même ; elle est un autre. Douche au vin, crucifixion érotique, stigmates invisibles, lapidation aux pièces jaunes, bras de fer homme-femme, mortification maraboutée, masques miroirs, jeune première au premier plan et vieux démons dans le fond, ampoule folle dans une poche à poisson rouge remplie de champagne, autant de visions furtives. Capacité humaine à inventer encore et encore, pour se surprendre.

White Cabin vient à l’assaut de notre capacité à découvrir, à nous laisser surprendre. Sur des murs d’images à coulisses, trois personnages se débattent à la fenêtre tandis que s’enchaînent des décos de toile cirée campagnarde, de vieux outils, de montres et cadrans, de poupées et de bouteilles, projections superposées jusqu’à l’étourdissement, l’hypnose, la transe. Ici, on parle la bouche pleine de lumière dans l’obscurité totale, on se met une ampoule dans la narine pour jouer le clown au nez rouge, on transforme ses lèvres en petit écran allumé sur ses dents.

L’interaction entre ce que l’on nous donne à voir et ce que l’on projette, les liaisons inventives du tableau vivant et de la vidéo, du liquide et du solide, cette folle table des matières, le plein et le trop plein, tout cela s’achève dans la solitude grinçante et ce qu’il reste de ce que nous avons vécu.
C’est délirant, c’est opprimant, c’est hilarant, c’est déprimant.
C’est la vie.

S. B-T.


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Mystère Carmen…

Ambiance sonore Bizet remix et Boléro de Ravel bien Rapé, guitare manouche et free-jazz, agitation de l’arène. Des figures de l’alchimie et du tarot, la potence, le bilboquet, la mort, et puis la scène balisée comme un ring  où s’engage une drôle de bataille, à coups du sort, au jeu de carte et au couteau, entre deux noms chers à Mérimée : Carmen et dom José. J’écris ton nom… à la baguette, à la rose blanche trempée de rouge, avec le pied, à coup de tags et de fumée, sur des bandages, avec des codages chiffrés, à la serpillière sur le lino, sur un cœur brisé dessiné à la craie, de mille façons déjantées…. j’écris ton nom, Carmen. Et juste à côté, autant d’idées saugrenues pour faire disparaître le sortilège, derviche tourneur pour gommer ce nom dans l’espace, danse hip-hop traînée par terre pour effacer toute empreinte, et autant d’efforts pour sauver le nom de José, dessiné dans la tarte à la crème, tissé en rouge sur de gros clous, postillonné dans la lumière, au sucre en poudre culotté au fond des verres….
La bataille fait rage dans un délire et un délice total, un jeu de rôles jeu de massacre. Ce duel à armes fantasques fait feu de tous les archétypes de la carmencita, la rose rouge hachée menue et roulée en cigare, les bottes de la virilité où l’on boit à la paille, le toréador ombrageux, les appâts clinquants de la féminité, la fin fatale. Quelle fin ? Le couple figuré à l’état de marionnette tourne en rond pendant tout le spectacle : qui court après qui ? Et lorsqu'enfin ils se croisent, ils ne se rencontrent pas. Prosper, houp-la…  Boum !

S. B-T.


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Tout l’univers

Se générer, se régénérer, générations. Des corps sur leur socle, statues animées. Silhouettes épurées, le bas drapé façon zen, balises vivantes sur l’Esplanade du souvenir, comme un jardin d’hommes et de femmes qui pousse sous nos yeux.

Chacun sa route, chacun son chemin, douze planètes qui tournent sur elles-mêmes et autour desquelles nous tournons, tout un monde inventé par Nicole Mossoux et Patrick Bonté. Sur chacun de ces bouts de terre de lumière, un être s’éveille, s’agite, se presse, s’étire, se tourne, se tend, vers qui, vers quoi ? Un regard vers l’autre, le courant passe, transmission, obstination.

2h30 de promenade immobile pour visiteurs du soir placés en orbite autour de l’œuvre, enveloppés dans une musique venue d’ailleurs mêlée aux rumeurs de la ville, public satellisé dans un rêve éveillé.
Spectacle extra-terrestre, mise en réseau et mise à plat d’un vertige vertical, Générations est une étoile filante qui prend son temps, une somme de petits bonheurs astronomique.

S. B-T.

Poésies pour "Génération"

" Nos pas sur le gravier mouillé
sont la distraction favorite
des statues. "

" La chaise reste, de loin,
la destination
la plus courue
chez les statues. "

Th. Dessolas


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Terra incognita

Les transparences du musée gallo-romain se perdent dans la nuit tombée sur le parc de Vésone. Mais nous sommes déjà loin. Ambiance Far West australien, désert rouge et ocre, ranch sommaire avec des baraquements et une éolienne. Un portail qui grince, du linge étendu à la terrasse. Il fait chaud et le coin transpire l’ennui ferme. On attend la pluie, un enfant, un aventurier…l’impossible. Sur cette terre brûlée où les colons tolèrent les aborigènes, s’en débarrassent à l’occasion, une guitare live distille une country suave entre la voix déchirée de Marianne Faithfull et un clin d’œil à ACDC. La torpeur plombe ce monde étriqué, où l’on va des bras de l’un à ceux de l’autre pour passer le temps, où l’esquisse d’un strip-tease fait monter encore d’un cran la chaleur ambiante, où les arbres secs accueillent des funambules imbibés. On veut partir mais où ? Alors se lève un vent de folie furieuse, chacun fuit dans son délire pour former un ensemble à la Village People, stéréotypes agités et secoués en alternance. C’est parti pour un tir de golf dans le sable à la guitare, l’union d’une mariée et du père Noël, une ballerine à béquilles, des danses ethniques métissées de hip-hop, des chorégraphies célestes…Cocktail rafraîchissant dans ce brasier d’où l’on s’échappe en l’emportant un peu avec soi, des flammes à la pointe de ses bottes de sept lieues.

S. B-T.


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A tire d’LLE

Lundi, mardi, mercredi, jeudi, vendredi, 9h30, parc Gamenson, une assemblée toujours plus importante et motivée se retrouve au pied des arbres pour un réveil corporel avec LLE (lire "deux ailes E"), pour un envol vers une nouvelle journée. Debout dans l’herbe, bien planté sur le sol, ce parterre matinal de Périgourdins et de touristes se déploie, s’étire, se délie, se hisse, se détend, se déplie et se plie aux orientations d’Armelle, la femme liane qui danse avec les arbres. La bouche entrouverte, respiration longue et profonde, le cou bien souple, les épaules relâchées, les jambes à peine pliées, on penche le nez puis tout son torse vers l’avant pour souffler, bras ballants, vers ses pieds. Puis on refait le même en couleur, en étirant ses bras depuis le bas du dos pour les lever au-dessus de la tête. Puis on se masse le pubis, les hanches et le coccyx avec les poings, et on roule des hanches comme avec un cerceau, autour de son nombril. Le regard ouvert droit devant, on capte toute l’énergie d’un rendez-vous avec son corps encore engourdi, au grand air, dans ce parc. « Le bassin, c’est la bassine, l’endroit où sont plongées nos entrailles, il faut le réveiller ». Là-bas, sur la scène du théâtre de verdure, les autres membres de la compagnie accomplissent leurs mouvements d’échauffement avec grâce et souplesse.
C’était la dernière, tout le monde applaudit et Armelle tient à nous présenter les arbres avec lesquels LLE danse à Périgueux. «Les cèdres sont accueillants et solides, on peut se fier à eux pour la danse aérienne. Les hêtres du sud ont l’écorce lisse, ils sont agréables à monter, ils prennent bien la lumière avec leurs petites feuilles dentelées. Les marronniers sont de faux amis, leur bois est cassant. Les tilleuls tiennent des siècles et comptent souvent parmi les arbres vénérables ». Nous passons près d’un magnolia, d’un érable sycomore avec ses petites ailes vrillées et nous voici devant le Ginkgo Biloba, ou arbre aux 40 écus, le seul organisme vivant à avoir résisté à la déflagration atomique d’Hiroshima. « C’est un arbre étrange, très géométrique, que l’on ne sait pas où classer, feuillus et résineux. Marcher dans le Ginkgo oblige à être bien là, présent avec lui. Mais celui avec lequel je me sens le plus en harmonie c’est le charme, c’est celui qui nous ressemble le plus, c’est un arbre en spirale, on sent presque son système veineux sous l’écorce».

Hommages aux cèdres est un spectacle qui fait son nid dans les arbres, se pend à leur cou, s’accroche aux branches pour leur faire porter des fruits humains, enveloppe un papillon rouge dans une chrysalide transparente, c’est un « ballet volant » qui fait la fête au faîte et des pointes sur les cimes, une fronde poétique dans les frondaisons.
La danse aérienne que pratique Armelle avec sa compagnie ne la place pas dans une relation symbolique ou anthropomorphique avec les arbres. « On fait avec ce que l’on voit, ce que l’on sent. Je sais bien que ce sont des êtres vivants, avec des cycles, que ce ne sont pas des humains ». Après les exercices de voltige, où sont atteints des sommets esthétiques, l’hommage rendu aux arbres se fait plus émouvant encore lorsque les danseurs plantent la tête dans la terre pour y prendre racine, dérouler le tronc et déployer les membres vibrants dans la brise du soir. « C’est un travail sur la mémoire de ce qu’on a vécu dans l’arbre, l’air sur la peau, le vent dans les branches ».  

S. B-T.


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Divin divan

Je. Suis. Devenu. Un. Etre. Humain. Embarrassant.
La phrase se reconstitue peu à peu, par enregistrements successifs, sur la bande son qui déraille vers Carlos Santana. « A cause de l’irrésistible attraction de mes nerfs, je suis devenu un être humain embarrassant ». Le Président Schreber a livré ses bouffées délirantes dans Mémoires d’un névropathe, sa proximité avec Dieu et son désir d’être femme. De quoi convoquer Freud, Lacan et les autres, et inciter la compagnie Falsa Imago à explorer les dessous du divan. Un homme, une femme. Un ancien bébé sous des traits de grand gaillard. Une ancienne enfant future mère, Vénus de Botticelli pleine de grâce. Elle l’aide à se mettre à nu, à retrouver l’enfant qu’il porte en lui, elle au ventre arrondi : bientôt un enfant à eux, un enfant entre eux. « Celui qui tu blesses, c’est toujours celui qui tu aimes ». L’équation est intime et universelle, l’enfant d’eux, deux, l’enfant Dieu. La femme est l’avenir de l’homme… « Pour transformer l’espèce humaine, il est nécessaire de nous transformer en femme ». Sur cette base, Schreber fut maintes fois interné. Mais sur scène, voilà une analyse qui tourne bien : entre prise de tête et appel d’air, en tirant sur le cordon ombilical de la bande son après s’y être emmêlé, on revient à soi… et aux autres. Etes-vous blessé ? Il faut tout nous dire. Damaged by miracle se rie des psy-show et de l’exposition trop médiatique de fêlures personnelles, de ce qui finit par se raconter au micro.

S. B-T.


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Orphée, à la folie

Orphée, autrement dit «la lumière de l’amour », c’est la poésie, c’est la musique, l’interprète sacré des dieux, à l’origine des Mystères d’Eleusis. C’est aussi et surtout l’amour pour Eurydice, la disparition de l’aimée et l’aventure de sa recherche dans le monde des morts, la douloureuse remontée des enfers d’où l’on ne peut s’empêcher de regarder en arrière et de mourir une seconde fois…

Le mythe d’Orphée, lu chez Ovide et Apollinaire, écouté chez Monteverdi, vu chez Cocteau et Marcel Camus prend des allures baroques et interlopes entre les mains de l’Ange fou, univers un rien psychiatrique où l’on serait à peine surpris de croiser Frankenstein ou docteur Mabuse. Un coin de table, une porte, un rêve, un ange noir. Les compagnons de route d’Orphée, bossu facétieux, dictateur hystérique, doublure de Faust ou vierges courtisanes transforment ses épousailles en une sorte de bal des vampires, arsenic et vieilles dentelles, et nous tous sommes pris pour témoin de ce mariage mystérieux, à l’ivresse contagieuse.

Ambiance blafarde et esthétique de la laideur infernale, inquiétant paradis de chaises roulantes à nuage, diableries ailées et danse macabre, valse fantomatique et  mascarade envoûtante, orgies dionysiaques et âme emprisonnée sous une tête-cage à oiseaux, radeau de la méduse accroché à une porte qui claque entre enfer et paradis, nuages bleus et fumée rouge. Les violons pleurent puis se perdent dans une ambiance de fête foraine, un de ces cruels rendez-vous où l’on exhibait autrefois de monstrueuses créatures : où sommes-nous ?

Les mots se mêlent aux bruits. « Schizophrénie compulsive à haut degré, narcissisme pathologique, un cas intéressant de medical hystery, hystérie collective, c’est une légende, un cas très intéressant non ? »… Nous voilà hypnotisés, maraboutés, envoûtés par la force de l’imagination humaine à revisiter ses vieilles mythologies pour transformer encore et toujours l’inconcevable voyage par l’art et l’artifice, dans un tableau sonore et animé, qui nous laisse aux portes de l’invisible lorsque la boucle du spectacle se referme sur un coin de table, un coin de rêve, où veille l’ange noir.

S. B-T.


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Menés à la baguette

Ces deux-là semblent échappés d’un centre pour grands maladroits, noyés dans un verre d’eau, empêtrés dans leurs lacets, tombés de la lune, candidats à toutes les catastrophes de la banalité quotidienne. L’un danse avec sa béquille, l’autre avec les baguettes qui lui poussent le long des membres : ils s’amusent de leurs difformités passagères, béquille folle téléguidée, baguettes de sourcier ou de sorcier ? Ces tuteurs à géométrie variable se transforment en déambulateur ou en baguette de tambour, l’un ou l’autre bricole ses tours, se joue de ses petites infirmités, s’en rajoute pour nous amuser, trop loin, trop court. Voilà que les chaussures trébuchent lorsque le duo travaille pied à pied son numéro, claquettes pour chaussures séparées, les tenir, les retenir. De sacrées pointures ces deux-là. Sur leur route, un trapèze, l’ami idéal pour de faux maladroits. Et de se faire des nœuds dedans, se hisser en béquilles sur ce balancier à la précision suisse, vouloir finir à deux sous la balancelle puis, sous les feux d'un stade improvisé, gagner la drôle de course d’obstacles, se laisser porter par les vieilles galoches transformées en chaussures de champion, prendre une baguette magique pour témoin d’un imaginaire relais sportif et conquérir l’impossible. Et le public de rester planté là :  bouger, pas bouger ?

S. B-T.


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Bachir, pour de bonds

Les mains, les pieds et la tête aussi, tout le corps est mis à contribution dans la cabane bric a brac où Mathurin Bolze alias Bachir vit (presque) comme tout le monde : il se lave, il boit, il s’assoit, il écoute de la musique avec juste un peu plus d'énergie que la moyenne. Car chez Bachir on bondit du sol au plafond, on s’habille le matin entre le trampoline et la chaise, on bondit pour un rien, on saute et on sursaute, et le public observe cette vie trépidante à travers  les fenêtres.

Il faut viser juste pour avoir ce voisin acrobate dans sa ligne de mire. Pour grimper aux murs et s’accrocher ainsi au plafond, il faut un bel entraînement physique. Et la tête aussi. Free jazz, ici un coup de grosse caisse, là-haut un souffle dans l’harmonica, là une tintement de clochette, Bachir est ici et partout à la fois. Bilan de compétences : qu’est-ce qu’il sait faire le garçon ? Mais encore ? Et la tête aussi.

En suspension comme les lampes qui balisent son intérieur, il saute haut et frôle la lumière au millimètre, collé au réverbère, il sonne le gong avant de repartir sur ce ring élastique, jongle avec la bouteille avant de se servir un verre à l’envers. Coup de folie d’un singe divagant avec sa plante à faire honk-honk, trouble d’une femme fatale en robe du soir.

Reprends-toi gamin : ambiance militaire, Bachir fait des pompes. Plus loin, mégot au coin des lèvres, ambiance Barbès, il met sa radio dans la poche et finit sur le toit. Un train roule à vive allure, sautera, sautera pas ? Vous avez devant vous un homme heureux. Décalage du son et de l’image. « Il a pas fait ceci, il a pas fait cela, et patati et patata », geint la bande, mais on a peine à décrire tout ce qu’il a su nous faire Bachir ce soir, avant de se rhabiller comme il s’était dévêtu, en se jouant de nous et du jury aux premières loges, et de disparaître dans un vertige.

S. B-T.


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Bureau du festival
Festival Mimos, "L'Odyssée", Scène conventionnée de Périgueux
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Permanence "Mimos" pendant le festival :
au Théâtre de Périgueux,
de 9h30 à 12h30 et de 13h30 à 19h00